Contemplations

Et la pluie me caressant le visage
Comme une triste oraison funèbre
Et le vent domptant mes cheveux
Comme mille chevaux fous
Et le ciel noir de nuages
Comme un corbeau des champs
Et les éclairs comme des flashes
Illuminant ta maigre sépulture
Et moi l'être maudit de n'avoir su t'aimer
Je suis là à regarder ton épée
Ils sont là, tous consternés
Avec des mines désaffectées
Ils sont comme des oiseaux charognards
Qui attendent sur un quai de gare
Et je suis tout seul avec le désespoir
Et je suis tout seul dans ton noir
Je respire l'air vicié de ses âmes sans noms
Dont je connais et connais le renom
Je suis quelqu'un qui n'existe plus
D'ailleurs, on ne me voit plus
Pourquoi suis-je là et maintenant ?
Au hasard de la vie, des courants
Dans une cage en bois verni
On a essayé d'enfermer ton âme
Mais quelqu'un ici l'a reprise
Quelqu'un qui ne connait pas le mépris
Des gens que l'on connait ici
Lorsque l'on dit de qui est la faute
Si tu es morte aujourd'hui
Et je n'existe plus maintenant
Que pour fouiller dans les poubelles du désespoir
Pour trouver un hypothétique bonsoir
Pour dormir dans une ville dortoir
Et oublier la vie de cauchemar
Une porte s'est fermée sur moi
Je ne puis la rouvrir sans laisser mon âme
Paix, paix pour moi qui souffre
Dans le silence des déserts de solitude
Paix pour l'amour de la beauté
Et tandis que le flash de l'appareil
Se confond avec les éclairs du ciel
Et qu'ils posent tous ensemble
Avec des mines de circonstances
Que le ciel de plus en plus noir
Se confond avec la couleur locale
Et que les nuages absorbent
Un bout de ciel encore bleu
Et que ta grande croix en ciment
Projette son ombre sur moi
Eclairée par les éclairs de l'orage
Donnant un ton toujours plus sombre
Aux nuages qui eux, ne restent pas là
A contempler ce qui est mort
Et tandis qu'ils bougent dans leur course folle
Et repartent et encore tourbillonnent
Je suis seul et je n'ai rien à faire ici
Avec eux, sans eux, cela ne sert à rien
Et je meurs de douleur de les voir
De les voir pleurer derrière leurs voiles
D'ailleurs achetés la vieille ou le lendemain
Achetés aux galeries dans les rayons X
Aux meilleurs marchés, super de leurs prénoms
Prénoms prétentieux, comme eux qui achètent
Prétentieux de croire à la vie éternelle
Surtout maintenant dans cette poubelle
Poubelle qu'est devenue le monde de Dieu
Parce que voulue par des gens comme eux
Qui maintenant prient pour leurs pauvres âmes
Et qui pour cela font une cérémonie
Cérémonie où je ne devrais pas être
Car il n'y a rien à y voir
A part peut-être le faux désespoir
De ces gens en train de pourrir
Je suis seul et je m'ennuie à mourir

Jean-marc Bouju - Il est pas gai celui là - Janvier 1980

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